La garde nationale à Quimper (1789-1871) [2/2]

Petites et grandes histoires de la garde nationale de Quimper au XIXème siècle

Balthazar de MadecVoir l'image en grand Balthazar de MadecEn 1815, la garde nationale de Quimper compte plusieurs compagnies en activité et de célèbres quimpérois sont à leur commandement.

Tout d'abord, il y a la compagnie des chasseurs qui compte 92 hommes sous le commandement du comte de Kerguélen, rentier.

Celle des grenadiers compte 99 hommes sous le commandement de Clément de La Hubaudière, remplacé en octobre 1815 par le sieur Balthazar de Madec.

Celle des canonniers comprend 72 hommes sous le commandement du sieur Gilard de Larchantel, futur maire de Quimper. En 1818, Gilard de Larchantel est capitaine des canonniers pompiers.

Athanase François Esprit Gilard de Larchantel Voir l'image en grand Athanase François Esprit Gilard de Larchantel Un autre corps, et non des moindres, est la musique de la garde nationale. On en trouve les premières traces dans les archives en 1808. En 1810, un règlement est établi : il y aura une répétition d'obligation tous les dimanches. Elle aura lieu à 9 heures du matin. Ceux qui ne peuvent se rendre aux répétitions doivent payer au trésorier une amende de 1 francs.Chaque amateur est également responsable de son instrument.

Dans un arrêté du maire de 1813 il est précisé que le nombre d'amateurs composant le corps de musique s'élève à plus de 30 individus qui sont exempts du service de la garde. Mais les musiciens doivent absolument assister aux fêtes et cérémonies publiques coiffés de leur bonnet chinois.Les instruments et cahiers de musique appartiennent à la mairie et sont mis à disposition des musiciens pour le service de la garde.

En 1846, le commandant de la garde nationale Lemoine, voulant donner un peu plus de sérieux au corps de musique de la garde, écrit au maire pour obtenir le détachement du jeune professeur nommé Edouard Jean Renner. Monsieur Renner a, dès lors, pour mission de faire de bons musiciens. Il s'occupe également des répétitions et des représentations que donne la musique de la garde lors de procession et autres fêtes publiques.

Les hommes intégrant la garde sont tenus de faire les frais de leur habillement. En ce premier quart de XIXème siècle, le montant d'une tenue de garde national s'élève à 140 francs environ. A titre de comparaison, l'hectolitre de blé noir (70 kilogrammes) coûte en 1815 sur les marchés, 8 francs. Une tenue complète équivaut donc à 17 hectolitres et demi soit 1225 kilos de blé noir !

Les gardes se voient également confier des armes, ce qui n'est pas sans susciter quelques inquiétudes des autorités. C'est ce que démontre un état des armes existantes à Quimper. En tout 212 fusils, plus ou moins en bon état, sont recensés. Le maire précise dans sa lettre qu'il a fait acheté 400 fusils tous disparus par l'abus qu'en ont fait ceux à qui l'administration les avait confié : probablement ont-ils été vendus à des paysans ou transformés en fusils de chasse...

La musique de la garde nationaleVoir l'image en grand La musique de la garde nationaleDe même, on remarque quelques relâchements dans le service de la garde nationale.

Les citoyens ne se rendent pas aux réunions ni aux services funèbres auxquels ils doivent assister en armes. Le maire, inquiet de cette situation, craint que cela n'entraîne la désorganisation de cette partie de la force publique. Il envisage donc, avec l'appui du préfet, la mise en place d'un règlement fixant précisément les peines à appliquer aux citoyens qui ne répondent pas aux ordres de leurs chefs.

Les problèmes de discipline sont récurrents au sein de la garde. Le conseil de discipline est souvent sollicité pour des problèmes d'insubordination aux ordres, de manquement au service de la garde et d'ivresse pendant les revues et les gardes.

Il a aussi en charge de punir des fautes de toute nature à l'image de celle dont s'est rendu coupable le sieur Le Ster en mettant en gage dans certaines auberges de la ville ses effets d'habillement que la mairie lui avait confié pour le service. La plupart du temps le conseil prononcent des peines se soldant par un emprisonnement de 6 à 48 heures, un mois de suspension de service ou encore la perte de la solde de garde national.

Malgré ces quelques débordements, la garde nationale est partie intégrante de toutes les manifestations et cérémonies se déroulant à Quimper.

Elle peut être spécialement dépêchée à certaines occasions comme pour les visites officielles.

Elle s'était notamment préparée à la venue de Napoléon Ier en juin 1808. Il était alors prévu qu'une garde d'honneur composée de gardes nationaux aille au devant de l'Empereur. Finalement, la visite est annulée en raison du retournement de la situation militaire.

Pour certaines fêtes, le maire peut faire tout spécialement armer une « garde extraordinaire ». C'est le cas à l'occasion du soir de Noël 1813 où il envoie des hommes armés dans les églises pour y maintenir la décence et le respect et empêcher que le service divin n'y soit troublé par des ivrognes.

La garde nationale assiste à la plupart des cérémonies qui se déroule à Quimper : procession du 15 août pour le vœu de Louis XIII, procession du Saint-Sacrement, procession de la Fête-Dieu, service solennel en mémoire de la défunte reine Marie-Antoinette et de Louis XVI, distribution des prix au Collège de Quimper...

Mais certaines célébrations ont un caractère plus exceptionnel que les autres.

Carte de souscripteur pour le banquet donné Voir l'image en grand Carte de souscripteur pour le banquet donné C'est le cas de la fête donnée pour le mariage du duc d'Orléans en 1837. Pour que les réjouissances soient plus belles, la Ville de Quimper a tout spécialement ouvert un crédit spécial pour célébrer l'heureux événement. En un bel après-midi de juin, les gardes nationaux ont pris les armes pour se joindre aux troupes de la garnison sur la place Saint-Corentin. Ils ont, pour cette occasion, revêtus leur tenue d'été avec l'aigrette (plumet). Les musiciens de la garde battent tambours tandis que les autorités passent en revue les troupes ainsi réunies.

La remise des drapeaux aux gardes nationales du département a également donné lieu à une cérémonie importante et à un banquet offert par la Ville de Quimper.

A cette occasion, un détachement de la garde nationale de Quimper est allé au-devant des différentes délégations des gardes du Finistère pour les accueillir.

Le 4 février à 11h15, les différentes compagnies des gardes et les autorités ont quitté la préfecture pour se rendre à la bénédiction des drapeaux à la cathédrale de Quimper.

Après la cérémonie religieuse, le cortège s'est rendu au Champ de Bataille où le préfet a procédé à la remise définitive des drapeaux et passé en revue la garde nationale. La revue terminée, la garde a, à son tour, défilé devant les autorités. Puis, tout ce petit monde ayant rangé armes et tambours s'est allègrement dirigé vers les halles pour assister à un banquet pantagruélique.

L'autre cérémonie importante est sans doute la célébration de l'anniversaire de l'avènement de la Monarchie de juillet.

La célébration des trois glorieuses à QuimperVoir l'image en grand La célébration des trois glorieuses à QuimperDe nombreux gardes nationaux ont perdu la vie pour la défense de la liberté et des institutions. C'est pour cela qu'une cérémonie de recueillement est organisée par les autorités. La revue a lieu sur le champ de bataille.

Les gardes nationaux portent leur grande tenue de deuil avec pantalons bleus, aigrette et crêpe au bras. Après la cérémonie religieuse à la cathédrale, le bataillon s'est dirigé vers le cimetière Saint-Joseph accompagné par les roulements funèbres des tambours. Arrivés dans le cimetière, chaque garde a salué le catafalque par un coup de fusil.

C'est ainsi que la garde nationale de Quimper a rendu hommage aux héros des Trois Glorieuses.

La garde nationale de Quimper dans les tourmentes de l'histoire de France

L'année suivant Les Trois glorieuses (avènement de la Monarchie de Juillet), le nouveau roi des français Louis-Philippe réorganise la garde nationale par la loi du 22 mars 1831.

Lettre au maire relatant l'ivresse du sieur Le MaireVoir l'image en grand Lettre au maire relatant l'ivresse du sieur Le MaireLa garde a pour mission de défendre la royauté constitutionnelle, la Charte et les droits qu'elle a consacrés pour maintenir l'obéissance aux lois, conserver ou rétablir l'ordre et la paix publique, seconder l'armée de ligne dans la défense des frontières et des côtes, assurer l'indépendance de la France et l'intégrité de son territoire.

De juin à juillet 1832, de nouvelles émeutes éclatent à travers le pays.

Ce sont les partisans du roi déchu Charles X qui organisent une révolte dans les départements de l'Ouest rapidement mis en état de siège par le gouvernement de Louis Philippe.

Le Préfet du Finistère ordonne un détachement de 150 hommes de la garde nationale de Quimper qui doit intervenir en cas de trouble par suite de l'insurrection qui se manifeste. Le détachement de Quimper a notamment pour mission la surveillance du littoral afin d'empêcher la fuite de quelques-uns des insurgés.

Un autre fait historique d'importance auquel il est consacré un dossier dans les archives de la garde nationale de Quimper est la fin de la Monarchie de Juillet en 1848 qui voit la naissance de la seconde République et l'accession au pouvoir de Napoléon Bonaparte en décembre.

Jugement rendu par le conseil de discipline garde, 1850Voir l'image en grand Jugement rendu par le conseil de discipline garde, 1850Si, dans son ensemble la Bretagne est restée à l'écart des préoccupations parisiennes, on note quelques réactions dans les rangs de la garde nationale quimpéroise.

Elle participe aux journées de juin à Paris où éclatent de violentes émeutes ouvrières suite à la fermeture des ateliers nationaux (ateliers de bienfaisance) qui permettent au plus démunis de se procurer un petit revenus en échange d'un travail. Plusieurs gardes volontaires s'engagent alors pour étouffer le soulèvement des ouvriers parisiens.

Le 29 juin, le préfet du Finistère demande le retrait des compagnies de la garde de Paris, le calme y étant rétabli.

Suite à ces journées sanglantes, un service funèbre est célébré à la cathédrale de Quimper en l'honneur des citoyens morts pour la République.

Les événement de 1870-1871 et la dissolution de la garde nationale à Quimper

La garde nationale faisant un exercice en 1870Voir l'image en grand La garde nationale faisant un exercice en 1870En 1870, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse.Mais la France, mal préparée subit une cinglante défaite.

La IIIème République est proclamée le 4 septembre 1870 avec à sa tête Adolphe Thiers. Mais Paris, qui a subit la famine et les sièges prussien et versaillais, se soulève en mars 1871.

Cette insurrection, impulsée par la garde nationale parisienne et la population ouvrière, va vite être étouffée par les troupes versaillaises au terme de la semaine sanglante (21-28 mai 1871). Cependant la participation de la Garde nationale à la commune de Paris va précipiter sa suppression définitive le 14 mars 1872.

A Quimper, à partir d'août 1870, face au évènements militaires, on prépare la garde nationale au combat.En tout 586 hommes de 20 à 40 ans faisant parti de la garde nationale sont mobilisés.

Un décret du 11 octobre 1870 sur l'organisation de la garde nationale mobilisée paraît. Il édicte que la garde sédentaire et les pompiers doivent céder d'urgence leur armement aux compagnies de la garde mobilisée.

Les gardes nationaux mobilisés devront alors être mis à la disposition du ministère de la guerre et soumis à la même discipline que l'armée.

Affiche Désarmement de la garde nationale de Quimper en 1871Voir l'image en grand Affiche Désarmement de la garde nationale de Quimper en 1871Après une participation active durant la guerre franco-prussienne, les gardes nationales du Finistère sont dissoutes par le décret du 3 décembre 1871.

Toutes les armes et les équipements qui appartenaient à la garde nationale sont versés dans les arsenaux de l'Etat.
C'est ainsi que disparaît la garde nationale de Quimper.

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