Un curieux privilège : le jeu du Papegault

Dans les titres de la série AA : franchises et privilèges de la communauté de ville de Quimper figurent plusieurs chartes ducales puis royales relatives à l’ancien jeu du papegault. C’est l’une de ces chartes que nous vous présentons ce mois-ci. Elle est la première accordée par un roi de France, le roi Charles VIII en 1495, époux de la duchesse Anne de Bretagne à la population de Quimper.
Ce privilège royal fut par la suite confirmé par ses successeurs, notamment par Henry II en 1547, Henry IV en 1598, Louis XIV en 1645.

L'abatteur du papegaultVoir l'image en grand L'abatteur du papegaultUn curieux privilège
Le jeu du papegault ou jeu des joyaux relevait d’un curieux privilège jadis octroyé en Bretagne par les anciens ducs aux populations urbaines. Ce privilège apparaît à l’époque sanglante de la guerre de 100 ans, qui dura en fait 116 ans (de 1337 à 1453). Les villes devinrent à cette époque des proies faciles et tentantes pour les bandes de soldats mercenaires qui parcouraient le pays et vivaient sur les populations. Même à l’abri de leurs murailles, les villes closes devaient pouvoir montrer une résistance réelle à l’appétit d’un éventuel agresseur. L’armée ducale insuffisamment nombreuse pour protéger toutes les citées bretonnes, les bourgeois des cités prirent l’habitude de s’armer et de s’exercer au tir. Les ducs de Bretagne comprenant tout l’intérêt que pouvait présenter cette force militaire d’appoint encadrèrent par des privilèges cette organisation. Nantes en fut la première ville à en être dotée en 1407. Quimper semble avoir seulement obtenu ce privilège en 1483. C’est du moins l’époque de la première lettre ducale connue.

Né d’un besoin militaire, le papegault se transforme en un jeu populaire.
Les Quimpérois furent donc autorisés à s’assembler en armes, regroupés en compagnies, où se côtoyaient nobles et bourgeois, manants et artisans. Ce jeu d’adresse, manière de tournois, consistait à tirer sur un oiseau de bois ou sur une cible placée au haut d’une perche, elle-même plantée sur une butte. On s’y exerçait dans les premiers temps à l’arc bientôt supplanté par l’arbalète puis par l’arquebuse, elle-même finalement remplacée par le fusil.
Ce barbare nom de papegault est l’ancienne du perroquet en ancien français (oiseau exotique dont les couleurs vives attiraient le regard du tireur). Ce jeu très populaire se tenait traditionnellement au mois de mai. Nous ignorons où se tenait précisément au quinzième siècle ce jeu. A la fin du 17ème siècle les Quimpérois en armes s’exerçaient au tir dans l’enceinte de l’ancien couvent des Cordeliers. Au 18ème siècle, le papegault se tenait désormais dans la rabine du Penity, au pied du Mont-Frugy. Les perroquets demeurant obstinément absents sous nos latitudes, une cible en forme d’oiseau, rehaussée de couleurs était placée dans les hautes ramures d’un antique chêne. Celui qui abattait l’oiseau obtenait le titre envié de roi du papegault.

Vive le roi !
Pendant une année entière, il pouvait se prévaloir de cette titulature royale. Comme tout monarque des cimes, il bénéficiait pendant son règne de privilèges particuliers. Parmi ceux-ci, notons l’exemption du fouage mais aussi le droit de vendre au détail sans payer aucune taxe au receveur des Devoirs du Billot (chargé de collecter la taxe proportionnelle sur la vente au détail des vins) quinze pipes de vins. La pipe de vins équivalant à environ 450 litres, le vainqueur pouvait vendre ainsi 6750 litres de vins exemptes de taxes à son seul profit dans généralement dans une hôtellerie de la ville. Le bénéfice était donc substantiel. Les tireurs venaient donc en nombre mesurer leur adresse au tir et en retirer l’honneur de leurs victoires. Ils étaient encore plus de 300 à s’affronter en 1770.

La fin d’un antique privilège
Avec les siècles écoulés, des changements majeurs étaient survenus dans le royaume. La paix civile était restaurée depuis l’épisode de la fronde. Le temps des jacqueries était révolu. Une maréchaussée bien organisée et une milice bourgeoise en armes assuraient suffisamment la défense des villes en l’absence d’armée d’invasion. Quelques trente-cinq villes bretonnes entretenaient encore ce privilège à la fin du XVIIIe siècle. Le papegault ne fut donc plus vu désormais que comme un privilège coûteux et inutile, générant parfois des troubles et surtout un manque à gagner sur l’imposition des vins. Sur la délibération des Etats de la province de Bretagne du 31 décembre 1768, les papegaults furent supprimés dans toutes les villes de la province à l’exception de Saint-Malo. Les droits attribués à l’abatteur du papegault furent affectés à l’hôpital Saint Antoine de Quimper pour recevoir, nourrir et élever les enfants abandonnés. Dernier chapitre de cette longue histoire, en juillet 1772, la communauté de Ville fit abattre l’antique chêne du papegault. Son bois servit à établir des barrières le long de la nouvelle promenade bordant l’Odet aménagée sur le parc Costy, actuelle rue du Parc.

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