Frédéric Le Guyader, dramaturge, poète et bibliothécaire (1847-1926)

Les archives conservent sous la série 3 Fi (fonds photographique), un beau portrait de Frédéric le Guyader à la fin de sa vie. Le poète pose en robe de chambre dans sa maison de la rue de Kerfeunteun, derrière lui on aperçoit une imposante armoire bretonne. On ne connaît pas l’auteur de cette photographie noir et blanc. Mais celle-ci reflète l’image sage et rassurante du poète vieillissant.

L'ère bretonneVoir l'image en grand L'ère bretonneIssu d’une famille aisée, son père est notaire, Frédéric Le Guyader nait dans un bourg bretonnant du Centre-Bretagne adossé aux landes du Mont Saint-Michel de Braspart. Il fait ses premières Humanités au collège de Quimper d’où il sort nanti d’une sérieuse érudition gréco-latine. Destiné à suivre la carrière paternelle, il entreprend, après son baccalauréat, des études de droit à la Faculté de Rennes.
Au contact de Louis Tiercelin, il découvre le monde des Lettres. Il collabore en 1868-1869 à la fondation puis à l’écriture de la revue La Jeunesse. C’est l’époque où s’éveille sa vocation poétique. Il compose en vers un drame historique Le roi s’ennuie où il met en scène le Paris dangereux de Catherine de Médicis et de Charles IX à la veille de la Saint-Barthélémy. La pièce est jouée à Rennes le 28 novembre 1867 et publiée la même année. Elle est très bien accueillie par le public et la critique. Son jeune auteur est porté en triomphe dans les rues de Rennes à l’issue de la première représentation. Victor Hugo adresse au nouveau dramaturge ses encouragements. Dès l’année suivante, Frédéric Le Guyader met en scène un nouveau drame, en trois actes, inspiré d’un conte fantastique d’Edgard Poe Le Masque de la Mort Rouge. La pièce connait un succès comparable à la première oeuvre.

Lors de la guerre de 1870, il abandonne les bancs universitaires pour endosser l’uniforme du 3ème bataillon du régiment des Mobiles du Finistère et se battre sous les murs de Paris.

Le retour à la paix ne sonne pourtant pas l’heure de la reprise des études. La famille Le Guyader connait de sérieuses difficultés financières qui obligent leur fils à interrompre ses études rennaises et à trouver rapidement une situation. Il n’est plus question de reprendre l’étude notariale paternelle. Frédéric Le Guyader entre dans l’administration des Contributions Indirectes. Il est nommé à Douarnenez où il entre dans l’intimité du poète Hérédia. Fréquentant régulièrement Quimper et les cafés de la rue du Parc, il fait la connaissance d’Anatole Le Braz, alors professeur de Lettres au lycée de Quimper qui l’encourage dans ses travaux.
En 1888, il fait paraître sous le pseudonyme de Frédéric Fontenelle, un poème intitulé La reine Anne, célébrant le joyeux voyage de la dernière duchesse des Bretons à travers la Cornouaille.
En 1896, il publie L’Ere bretonne conçue par son auteur comme une épopée monumentale à la gloire du peuple breton, une légende dorée du monde armoricain depuis les temps les plus reculés et les plus fabuleux, jusqu’à la Bretagne d’Ernest Renan. Le poète José-Maria de Hérédia la rebaptise Légende des siècles de la Bretagne. L’ouvrage est couronné par l’Académie française.
Tandis que Frédéric Le Guyader vient d’être nommé par son administration à Saint-Brieuc, il publie en 1900, La Bible, première étape d’un ambitieux projet imaginé à l’âge de vingt ans, celui d’une légende des siècles de l’humanité. La bible d’Adam à Jésus doit ainsi être le premier jalon d’un cycle long qui devait embrasser la Grèce, Rome, le Moyen-âge puis les temps modernes. Le temps fera finalement défaut au poète pour poursuivre cette œuvre monumentale.
Dès l’année suivante, Frédéric Le Guyader offre à la critique la matière d’un nouveau recueil de poèmes La Chanson du cidre. Le poète y exalte joyeusement et en alexandrins sa Cornouaille natale. L’ouvrage truculent, d’une grande originalité dans la production poétique bretonne, aux tonalités rabelaisiennes connaît un réel succès populaire et hisse Le Guyader au pinacle des premiers poètes bretons de son temps. Le Guyader collabore désormais à plusieurs revues et journaux bretons. Citons pour mémoire Le Clocher Breton, L’Hermine, La Dépêche de Brest.

La modestie naturelle de Le Guyader, indifférent aux suffrages de la postérité et aux hommages de ses contemporains (il refuse à plusieurs reprises que l’on fasse des démarches pour lui obtenir la Légion d’Honneur), son isolement heureux dans sa petite patrie finistérienne qu’il ne veut absolument pas quitter, l’empêchent de tirer partie de ses succès et expliquent sans doute le relatif oubli du monde des Lettres françaises, essentiellement parisien, pour le poète de la Cornouaille.

Il achève sa carrière administrative comme receveur des contributions directes à Pontrieux. Il se retire alors à Kerfeunteun, banlieue rurale de Quimper. Mais cette retraite ne dure pas. Répondant à l’offre de la municipalité, il est nommé en 1902 au poste de conservateur de la bibliothèque et des archives municipales de Quimper. Il conserve cette charge pendant près de vingt et un an. La bibliothèque municipale devient sous sa direction le centre d’attraction du petit monde des lettrés quimpérois.
Lors de l’inauguration du théâtre de Quimper, c’est une pièce en vers de Le Guyader intitulée Quimper Théâtre qui est jouée le 19 février 1904.
Le Guyader n’est cependant pas un bibliothécaire de fantaisie. Il s’attache dès sa nomination au catalogage des collections de la bibliothèque jusqu’alors relativement délaissé. En 1909, le premier catalogue en trois volumes est publié sous sa direction.
En 1912, il fait paraître Princesses tragiques et Grandes amoureuses. Sa dernière œuvre importante, son « Théâtre complet » sort des presses en 1924.

A la suite de son décès, un comité regroupant de nombreux intellectuels et personnalités politiques est organisé afin de financer l’érection d’un monument commémoratif à la mémoire de Le Guyader. Une stèle due au sculpteur Quillivic est inaugurée en septembre 1927 au cimetière de Kerfeunteun, aujourd’hui rattachée à Quimper.

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