Peindre la lumière... Invention de la photographie, origines et premiers ateliers quimpérois

Les pionniers de la photographie

« La peinture est morte. » Voilà ce que Horace Vernet, peintre, déclare le 19 août 1839 en sortant de l'Académie des Sciences. En effet, ce jour là, le chimiste et astronome François Arago vient d'annoncer la naissance de la photographie...

DaguerréotypeVoir l'image en grand DaguerréotypeMais la toute première photographie est attribuée à Nicéphore Niepce (1761-1833) qui, au milieu des années 1820, parvient à fixer de manière stable une image sur une plaque d'étain enduite de bitume de Judée. Cette première image représente le paysage visible de la fenêtre du grenier de la propriété de Niepce à Saint-Loup-de-Varennes.

Il donne à ses premières photographies le nom d'héliographie mais ce procédé, trop peu sensible, n'est pas commercialement exploitable. Ainsi, sur les conseils du sieur Chevalier, fabricant de chambre noire, il s'associe avec Jacques Louis Mandé Daguerre (1787-1851), inventeur du Diorama (1822). Niepce décède en 1833, laissant à Daguerre l'opportunité de reprendre à son compte sa découverte.

Daguerre reprend donc les recherches de Niepce et met au point en 1837 un procédé utilisant l'action de l'iode pour sensibiliser une plaque de cuivre recouverte d'argent. Cette plaque est développée avec des vapeurs de mercure et fixée avec une solution de sel marin. Daguerre obtient une image en noir et blanc ressemblant à un miroir. En 1839, le procédé breveté est acheté par l'Etat français à son inventeur et prend le nom de Daguerréotype.

Le succès est immédiat et Daguerre se lance en collaboration avec le négociant Alphonse Giroux dans la commercialisation des chambres et du matériel de sensibilisation et de développement des plaques. Le procédé de Daguerre est essentiellement utilisé de 1839 à 1855 puis peu à peu remplacé par l'invention de William Henry Fox Talbot (1800-1877) qui met au point, en 1841, la calotypie (appelée également talbotypie).

AmbrotypeVoir l'image en grand AmbrotypeLe procédé consiste à se servir d'une feuille de papier à lettre recouverte de nitrate d'argent plongée dans une solution d'iodure de potassium puis sensibilisée de nouveau par l'action du nitrate et de l'acide gallique. Après avoir été exposée en chambre, développée, lavée et cirée, on obtient un négatif utilisable plusieurs fois.

En 1851, Frederick Scott Archer (1813-1857), sculpteur, trouve que les calotypes manquent de netteté pour la réalisation de ses études. Il développe alors les plaques au collodion humide. La sensibilité est plus grande que pour le calotype mais le photographe doit impérativement utiliser les plaques juste après leur préparation.

En 1854, l'ambrotype est inventé par James Ambrose Cutting. Il s'agit d'un négatif sur plaque de verre au collodion humide dont l'image est blanchie par un traitement chimique.

FerrotypeVoir l'image en grand FerrotypeLorsqu'on pose ce négatif sur un fond noir, l'image apparaît positive. Puis, en 1856, un procédé dérivé de l'ambrotype voit le jour. Une image positive est obtenue en exposant dans une chambre noire une fine plaque de fer recouverte d'un vernis noir ou brun au collodion.

Le ferrotype est né et son prix très réduit fait de lui le procédé le plus utilisé par les photographes forains jusqu'à la première guerre mondiale.

Dans le même temps les tirages sur papiers font leur apparition avec les papiers albuminés (1850-1914). Il s'agit du procédé de tirage le plus courant au XIXème siècle. L'albumine, utilisée comme liant des sels d'argent, procure à l'image une surface brillante et permet d'obtenir un meilleur contraste.

Les épreuves sont obtenues par noircissement direct, par contact avec le négatif. Les papiers albuminés ont été totalement remplacés après la Première Guerre mondiale par d'autres procédés de tirage plus stables.

Une autre technique largement utilisée par les photographes est le gélatino-bromure d'argent (plaque de verre) pour produire le négatif. Il remplace la majorité des techniques antérieurs à partir de 1880. Le tirage se fait sur papier.

Les techniques de la photographie ne vont cesser d'évoluer au cours du XIXème siècle. La trichromie fait sont apparition en 1869. Le premier appareil Kodak voit le jour en 1888 avec son fameux slogan « you press the button, we do the rest. ». Puis vient l'invention des appareils photographiques de petit format comme le Leica créé par Oscar Barnack qui révolutionne par la même les émulsions et les procédés de développement.

Le nouveau théâtre en 1904. Plaque de verreVoir l'image en grand Le nouveau théâtre en 1904. Plaque de verreLa photographie se développe et, avec elle, émerge son lot de grands photographes comme Nadar ou encore Disdéri, génial inventeur des « cartes-visite » (petit carton sur lesquelles étaient collées les photographies).

Les photographes fixent les paysages et les portraits de nos ancêtres et nous invitent ainsi à travers leurs oeuvres à découvrir un monde révolu.

Quimper et les Quimpérois sous l'œil des premiers photographes

Dans les années 1860-1870, la photographie fait son apparition dans la capitale cornouaillaise.

Il semble que le tout premier photographe attesté à Quimper soit le sieur Yves-Marie Levot. D'après les recensements et les listes électorales, il est resté tout au plus deux années à Quimper, de 1864 à 1865.

En 1865, trois ateliers, au moins, de photographes existent : l'atelier Duclos et celui de Foulquier, tous deux apparentés, et l'atelier Villard.

Les Foulquier-Duclos

Madame Rossi et sa fille. Photo Jules DuclosVoir l'image en grand Madame Rossi et sa fille. Photo Jules DuclosJules Duclos est né au Havre dans les années 1820. Il est marié à Eugénie Foulquier, fille d'Eugène Foulquier. Il s'installe en tant que photographe à Lorient, place Napoléon puis à Quimper au 2ème étage du 38 rue du Quai où il possède son atelier. Il semble que dans les premières années de son installation à Quimper, il ait été essentiellement portraitiste.

Puis on le découvre dans les années 1870, photographe des chemins de fer. Comme d'autres photographes, il a bénéficié des grands travaux publics liés à l'arrivée du chemin de fer et à la construction des phares le long des côtes bretonnes.

A la même époque, son beau-père Eugène Foulquier, ouvre son atelier côté cour au-dessus de la bijouterie Caron, 20 rue du Parc. Le recensement effectué en 1866 nous indique qu'il est âgé de 63 ans, qu'il est veuf et qu'il vit seul. Il est également portraitiste et photographe des chemins de fer.

En 1871, Auguste Goy le recommande au maire de Quimper pour la restauration et la mise en valeur de la collection de Silguy avant l'ouverture du tout nouveau musée des Beaux-arts : " Mr Foulquier, ancien employé de la célèbre maison Giroux de Paris, possède les aptitudes et offre toutes les garanties nécssaires pour bien organiser un musée puisque ses fonctions dans la maison Giroux consistaient à diriger la restauration des tableaux et à surveiller l'encadrement des dessins et des estampes. De plus Mr Foulquier a [...] mis en ordre et restauré plusieurs galeries de tableaux et [...] remis à neuf les nombreux tableaux de trois églises de Paris".

Un sergent de ville photographié par Eugène Foulquier Voir l'image en grand Un sergent de ville photographié par Eugène Foulquier Il semble qu'Eugène Foulquier exerce la profession de photographe jusqu'à la moitié des années 1870. Puis il s'installe au 38 rue du Quai avec sa fille Eugénie.

De 1878 à 1884, il collabore avec Alfred Beau à la mise en place d'un musée ethnographique dont la pièce maîtresse est La sortie de noce bretonne réalisée par leur soin.

Il est indiqué comme rentier sur le recensement de 1881. Il décède à Quimper le 11 septembre 1899 à l'âge de 98 ans. Son acte de décès mentionne qu'il est officier d'académie, sans doute, avait-il aussi exercé la profession d'enseignant.

Les Villard

C'est en 1865 que Joseph Villard, alors âgé de 26 ans, ouvre son atelier de photographie à Quimper, 15 rue des Gentilhommes.

La cathédrale de Quimper par Villard jeune vers 1865Voir l'image en grand La cathédrale de Quimper par Villard jeune vers 1865Le jeune photographe a l'idée géniale d'éditer des séries de photos sur les costumes et des paysage bretons à destination des touristes. Il parcourt ainsi la région armé de son appareil et de sa cabine de préparation pour ses plaques. Il est le premier à photographier des sujets cornouaillais et aide par la même occasion considérablement à la diffusion de la culture bretonne.

Ainsi, lors de l'exposition universelle de 1867, le costume breton est à l'honneur. On retrouve alors dans le journal de l'exposition des gravures représentant des hommes et femmes en costume traditionnel. Ces gravures signées Gerlier sont directement inspirées des photographies de Joseph Villard.

Vers 1870, Joseph Villard ouvre un second atelier au 42 rue Kéréon.

Le recensement de 1881 nous apprend que l'atelier de photographie emploie deux personnes : Hélène Gourmelen et Louis Le Grand. En 1890, son fils Joseph-Marie entre dans l'affaire familiale en tant que photographe et reprend l'atelier à la mort de son père Joseph en 1898.

Il s'installe comme photographe-éditeur au 4 rue Saint-François. Tout en continuant l'activité de portraitiste, il se lance dans l'aventure du carton postal. Ses clichés constituent une œuvre remarquable et très riche sur l'histoire de Quimper mais aussi de la Bretagne.

A partir des années 1880, de nombreux photographes s'installent à Quimper. En 1881, Faustin Richard, photographe-portraitiste né à Château d'Olonne en 1845, s'installe au 20 rue Astor avec sa femme Marie Richard et Eugénie Le Guirriec, une parente. Il reste à Quimper une dizaine d'années environ.

En 1883, Ollivier Génot, 26 ans, né à Bannalec, ouvre un atelier de photographie 15 boulevard de l'Odet. Il vit avec Jeanne Mathilde Françoise Versailles son épouse. En 1885, sa femme donne naissance à un fils Ollivier Henri Concours hippique de 1907 photographié par Eugène VerghnetVoir l'image en grand Concours hippique de 1907 photographié par Eugène VerghnetMarie. Il exerce jusqu'en 1887, année de son décès à Quimper.

Entre 1890 et 1914, on dénombre huit installations de photographes à Quimper. Parmi eux on peut citer Eugène Verghnet né à Saint-Cléré en 1856, qui arrive probablement à Quimper au début des années 1900. Il habite 32 place Saint-Corentin avec sa femme Esther et leur fille Laurette. Son atelier se situe, quant à lui, rue Kéréon.

Ce photographe d'une cinquantaine d'années nous a laissé un magnifique témoignage à travers un reportage photo daté de 1907, sur les courses hippiques qui se déroulent à l'époque sur le champ de bataille.

Victor Allard ou la passion de la photographie

La photographie amateur fait son apparition après 1880 avec la mise sur le marché des plaques de verre au gélatino-bromure d'argent et des appareils plus légers et portatifs facilitant ainsi l'accès à la photographie pour de nombreux amateurs. Les photographies d'amateurs sont, pour la plupart, des images de voyages. Celles de Quimper ont été prises par Victor Allard, un quimpérois et reflètent avec lucidité des tranches de vie quimpéroise de l'époque.

Marchandes de faïences devant le musée des Beaux-artsVoir l'image en grand Marchandes de faïences devant le musée des Beaux-artsVictor Allard est né boulevard de l'Odet à Quimper le 21 juin 1879. Son père, prénommé également Victor, est entrepreneur de menuiserie. Entre 1895 et 1901, le jeune Victor, muni de son appareil Mürer de 6 plaques, parcourt Quimper certains jours de marché ou tout simplement pour le plaisir de prendre quelques vues de sa ville natale.

Son œuvre est parvenue jusqu'à nous sous la forme de plaque de verre et s'articule autour de deux thèmes principaux, les marchés de Quimper et plusieurs vues de bâtiments, de rues et de places.

Les vues sur les marchés, très vivantes, nous renseignent sur les différents métiers présents sur les places (rémouleurs, bourreliers, drapiers, marchandes de beurre etc.). Victor Allard ne s'est pas placé en spectateur mais nous fait vivre la scène de l'intérieur, tandis que ses photos de bâtiments et de rues sont des images fixes où l'homme est absent.

Les utilisations de la photographie

Photographie de la rue Sainte-Catherine, 2e moitié du XIXè SVoir l'image en grand Photographie de la rue Sainte-Catherine, 2e moitié du XIXè SLa photographie comme étude ethnologique

Grâce à de nombreux photographes, la Bretagne dispose d'une source considérable de documents ayant trait aux coutumes et aux costumes bretons.

Photographier pour montrer la diversité d'une région est primordiale à la diffusion de la culture bretonne.

Les artistes et la photographie

Pendant longtemps la photographie n'est pas reconnue comme un art à part entière. Ne considérait-on pas les photographes comme des mécaniciens et leur œuvre dénuée de sensibilité ?

Au cours du XIXème siècle, nombreux sont les artistes qui utilisent pourtant la photographie comme point de départ pour leurs études artistiques. C'est le cas de plusieurs gravures et peintures qui sont réalisées à partir de photographies.

Mariés de KerfeunteunVoir l'image en grand Mariés de KerfeunteunCertains peintres, comme Gustave Le Gray, s'inscrivent dans une démarche créative et émettent le vœu que la photographie, au lieu de tomber dans l'industrie et le commerce, rentre dans celui de l'art. La photographie emprunte à la peinture tous ces sujets : nature morte, paysage, portrait. Degas, lui-même s'y intéresse pour le mouvement que traduit la photographie instantanée. Mais, dans la plupart des cas la photographie reste un auxiliaire de la peinture.

C'est le mouvement pictorialiste qui va contribuer considérablement au développement de la photographie d'art. La manipulation des négatifs et des positifs rappelle l'estampe ou le dessin et confère à l'image photographique le statut d'œuvre d'art.


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