Quimper, bassin houiller ?

Le titre de ce grenier de la mémoire a sans doute de quoi surprendre mais l'exploitation des mines de charbon possède à Quimper une longue histoire. Le terrain houiller de Quimper est en fait historiquement composé de deux gisements principaux.

Le premier est situé dans la vallée de l'Odet, aux abords immédiats de la ville. L'on découvrit, ainsi, du charbon lors du percement du tunnel de chemin de fer sous le Likes. A Penhars, le toponyme de La Terre Noire conserve, lui-aussi, le souvenir de l'affleurement de terre à charbon.

Le second gisement occupe en grande partie la vallée de Cuzon en Kerfeunteun. Les veines se rencontrent à une hauteur qui peut varier de 3 à 28 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Le gisement de la vallée de l'Odet

Le gisement de la vallée de l'Odet semble avoir été le premier reconnu et exploité.

La présence de houille fut en effet signalée dès 1627 par le baron du Châtelet de Beausoleil près du château de Crémar (secteur actuel de Kernisy).

Dans une galerie...Voir l'image en grand Dans une galerie...En 1744, puis de 1748 à 1751 d'importants travaux de recherches par percement de galeries furent réalisés dans différents secteurs de Quimper. En 1752, le géologue Mathieu de Noyant dirigea les premières fouilles vers le chemin de Coray et un puits de 67 mètres fut creusé près du pont du Cleuyou vers Ergué-Gabéric.

En 1758, les recherches furent relancées. La Compagnie minière de Poullaouen obtint une concession provisoire et l'ingénieur des mines Koenig dirigea les travaux. Dans la colline dépendante de l'ancien manoir de Creac'h Euzen, devenu plus tard séminaire puis hôpital Laennec, on ouvrit une galerie horizontale de 10 mètres de longueur et un puits de 15 mètres de profondeur au fond duquel deux galeries fouillèrent les entrailles de la terre : l'une traversait la montagne, l'autre s'enfonçait jusqu'à près de 30 mètres de profendeur.

Des échantillons furent prélevés et examinés. On fit brûler dans un même fourneau une égale quantité de charbon de Cléden (autre gisement finistérien) et Quimper. Le subdélégué de l'intendant écrivit à cette occasion : Je puis vous affirmer, que ce dernier a la même consistance, la même force, la même bonté que celui d'Angleterre.

Le travail dans les mines n'était pas exempt de dangers et les anciens registres paroissiaux conservent le souvenir de plusieurs accidents mortels survenus dans ces galeries.

Acte de décès de Guillaume Cuzon et de Jean LouisVoir l'image en grand Acte de décès de Guillaume Cuzon et de Jean LouisLe recteur de la paroisse de la Chandeleur rapporte ainsi le 12 avril 1764 le décès de 2 mineurs, Guillaume Cuzon et Jean Louis, probablement décédés par asphyxie dans les galeries. Le 17 mars 1768, Thomas Guéguen succombe à 6 heures du matin à une chute dans le puits de la mine de Créach Euzen. Le 6 août de la même année, un autre mineur, Jean Roulland, fait lui aussi une chute mortelle de 150 pieds en tombant dans le même puits.

Dès 1772, l'exploitation de cette mine semble abandonnée.

A la période, nécessiteuse, de la Révolution, on se souvint de la présence de ce charbon. A partir de l'an III de la République, de nouvelles recherches furent poussées dans les fossés de la ville de Quimper, aux pieds d'une ancienne source d'eau minérale, située dans le haut de l'actuelle rue des Douves.

Cette nouvelle campagne de fouilles eut pour conséquence principale la disparition de ladite source d'eau ferrugineuse. L'ancien puits de Creach Euzen fut réouvert et poussé jusqu'à 44 mètres de profondeur. Les difficultés financières des temps imposèrent finalement l'arrêt des travaux. Un arrêté des Consuls du 19 Prairial de l'an IX (6 juin 1801) confia par la suite l'exploitation du gisement à la Marine.

Durant l'an X, Cormier, ingénieur de la Marine, ouvrit un puits de 50 mètres vers le lieu de Pratandour. Cinq veines de charbons, inclinées de l'est vers l'ouest furent alors découvertes. L'exploitation du gisement quimpérois semblait alors présenter de nombreux avantages tant stratégiques qu'économiques. Le site était baigné par l'Odet, rivière navigable depuis Quimper où se trouvait un port marchand qui permettait de fournir en charbon les arsenaux de Brest, Lorient, Vannes ou Nantes.

Rapport du commissaire de police en 1820Voir l'image en grand Rapport du commissaire de police en 1820Le 18 mai 1802, de nouvelles expériences comparatives furent réalisées au port de Brest entre le meilleur charbon d'Angleterre et le charbon des mines de Quimper. Le procès verbal signala la qualité égale des deux combustibles fossiles. Mais la guerre suspendit après 1809 cette exploitation qui coûtait finalement bien plus qu'elle ne rapportait.

La présence de ces puits abandonnés représentait un danger réel comme le précise l'architecte de la ville dans un rapport du 3 janvier 1820. Pour cette raison la municipalité devait régulièrement entreprendre des travaux de sécurisation.

A la suite de la Marine, la compagnie des forges de Pontcallec obtint en 1829 une concession d'exploitation du sous-sol quimpérois. Cette concession s'étendait sur 223 hectares et était limitée au sud par le cour de l'Odet, depuis le moulin aux couleurs jusqu'au pont du Cleuyou ; à l'est par une ligne droite du pont du Cleuyou au bourg de Cuzon ; au nord par une suite de ligne droites tirées de ce dernier point au moulin aux couleurs, point initial.

L'ancien puits de Pratandour fut réouvert. Une quarantaine d'ouvriers et mineurs participèrent à ces travaux. Mais, en 1832, l'exploitation ne comptait déjà plus que quatre ouvriers occupés au forage du puits, un directeur, un caissier, un contremaître, deux surveillants et seize chevaux.

Lettre du gérant de Pontcallec aux actionnairesVoir l'image en grand Lettre du gérant de Pontcallec aux actionnairesEn 1833, le puits atteignait désormais 85 mètres de profondeur mais faute de trouver enfin le bon filon, les concessionnaires se lassèrent, eux aussi, de l'absence de dividendes et la compagnie de Pontcallec abandonna Pratandour.

Le sort funeste de la société ne fut sans doute pas étranger aux malversations financières qui coûtèrent en moins de trois ans 600 000 francs or à la société et au duel mortel qui opposa alors le gérant comptable de la société de Pontcallec, David de Thyais, au directeur, un nommé Landrin.

La lutte entre les deux hommes fut ponctuée d'échanges de libelles, de scènes de violence, de provocations en duel et d'une tentative d'homicide, réalisée à coup de pistolets, de la part de la dame Landrin sur la personne de David de Thyais.

C'est dans ce contexte extraordinaire qu'une nouvelle compagnie fit son apparition à Quimper.

Les mines de Kergogne

Au début de l'année 1833, le baron de Bruc sollicitait une concession d'exploitation. Une enquête publique était ordonnée par le préfet en février 1833.

Entrée d'une ancienne galerie de la mine de KergogneVoir l'image en grand Entrée d'une ancienne galerie de la mine de KergogneLes conclusions furent favorables et deux ordonnances royales du 14 septembre 1835 et 25 juin 1838 concédèrent aux sieurs Debruc et Dessault l'exploitation des mines de houilles de Kergogne, situées à l'est de Quimper, dans la lande de Cuzon. La concession s'étendait sur une superficie de 512 hectares. Plusieurs fosses et puits de recherches furent creusés et baptisés aux noms de puits Saint Charles, fosse Saint Eugène, fosse de la Louisa, fosse 3 bis, puits Eudoxie aussi dit de Lez Steir.

Le 20 juin 1836, les sieurs De Bruc, Dessault, Trancevent et Fleury formaient officiellement une société d'exploitation des mines de Kergogne.

Cette première société était au nom collectif à l'égard des sieurs Trancevent et Fleury. Tandis que les sieurs de Bruc et Dessault ainsi que les autres soumissionnaires d'action étaient commanditaires. Le capital sur lequel opérait la société était néanmoins très limité car il ne dépassait pas 50 000 francs. La compagnie eut d'abord pour directeur Eugène Godefroy auquel succéda un sieur Poisson.

Le nouveau puits réalisé atteignit la profondeur considérable de 157 mètres. Une galerie latérale fut poussée au Nord sur 35 mètres. Les mineurs ne rencontrèrent dans leur progression que du schiste stérile.
Le capital fut bientôt entièrement dépensé dans ces travaux infructueux. Le 22 avril 1839, la société entrait en liquidation.

Action pour le bassin de houille de KergogneVoir l'image en grand Action pour le bassin de houille de KergogneCe fut alors que le sieur Marc Thomas Aubert conçut le projet de reprendre l'exploitation des gisements de Kergogne. Pour y parvenir, il acheta la presque totalité des actions des anciens associés des sieurs Trancevent et Fleury puis, par adjudication du 4 octobre 1839 passée devant Maître Mongin à Nantes, Aubert devenait propriétaire des mines pour la somme 30 000 francs.

Parvenu à la tête de la société, Aubert s'entoura de gens actifs et habiles puis le 16 novembre 1839, par acte enregistré à Nantes devant maître Brossard, il posa les bases d'une nouvelle association en commandite. Le succès couronna ses efforts. Aubert parvint à persuader de nombreuses familles des plus notables du Finistère et du Morbihan d'entrer dans le capital de son entreprise.

De fait, l'emploi minier connut alors un certain essor. En 1838, la mine comptait 37 ouvriers. En 1840, la société employait 371 ouvriers dont 116 mineurs. Mais, dès janvier 1840, le bruit se répandit qu'Aubert envisageait d'ouvrir dans le Cap Sizun une seconde exploitation, concurrence hasardeuse sinon fâcheuse pour Kergogne.

Le commandant DelamaireVoir l'image en grand Le commandant DelamaireLes actionnaires furent d'autant plus indignés et alarmés que la société mal conduite et dirigée sans économie n'assurait aucun résultat ni revenus. En 1841, les actionnaires durent consentir à la souscription d'un prêt de 90 000 francs. L'utilisation incertaine d'une partie de ces fonds par Aubert et un procès qui l'opposa aux banques créancières aboutit le 25 mai 1841 à la démission du chevalier d'industrie indélicat.

En mai 1841, une commission de liquidation était instituée. Le sieur Fleury devint gérant provisoire de l'exploitation. La même année, il fut nommé liquidateur de la compagnie. La faillite fut portée devant les tribunaux et l'affaire jugée en juin 1844.
La concession passa ensuite aux mains des consorts Bonnefon et Crocqueville, puis à un sieur Bourassin qui renonça à ses droits en 1879. Mais ces concessionnaires ne semblent pas avoir réllement exploité leur titre.

On estime à près de 400 000 et 700 000 francs or les sommes dépensées en pure perte par la compagnie de Pontcallec à Quimper et la société de Kergogne à Kerfeunteun.

Exploitation mine houille à Coat Olier par Alavoine, 1917Voir l'image en grand Exploitation mine houille à Coat Olier par Alavoine, 1917En 1893, la société Richard et Cie puis en 1901 les consorts Surcouf-Meunier-de Lavallée souhaitèrent reprendre l'exploration du sous-sol quimpérois. Le conseil général émit alors un avis de principe favorable contre celui de la municipalité de Quimper qui, craignant de voir se multiplier des galeries sous la ville, protesta vivement et vota contre ce projet par délibération du 15 février 1901. Devant cette opposition l'affaire resta sans suite.

En janvier puis février 1917, le commandant Delamaire, capitaine retraité propriétaire à Lesteyr et le négociant quimpérois J. Alavoine, propriétaire à Coat Olier obtinrent, tour à tour, l'autorisation préfectorale d'entreprendre des recherches de houille en Kerfeunteun, le sieur Alavoine agissant au nom de la société civile d'études minières industrielles et commerciales de la Basse Bretagne.

Avec cette ultime tentative s'achève l'aventure minière de Quimper.

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