L’enseignement primaire à Quimper, de la fin de l’Ancien Régime à l’aube de la loi Guizot (1789-1833)

41 % des Quimpérois nés entre 1817 et 1826 sont analphabètes en langue française. Ce chiffre atteint près de 64 % en incluant les classes d'âges des communes rurales du canton de Quimper.

Page d'écriture de l'écolier Charles Mauguer en 1731Voir l'image en grand Page d'écriture de l'écolier Charles Mauguer en 1731Le Finistère possède à cette époque le triste privilège de figurer à la place des plus mauvais élèves : avant dernier au classement des départements français comportant le plus grand nombre de conscrits analphabètes.

Cette particularité s'explique par de très nombreux facteurs : tout d'abord par la concurrence de la langue bretonne car on ne doit pas oublier qu'une partie de la population qualifiée d'analphabète est en réalité alphabétisée mais dans la seule langue bretonne.

L'existence dans de nombreuses fermes des environs de Quimper d'ouvrages en langue bretonne signalés par le maire d'Ergué-Armel lors de l'enquête sur la situation de l'instruction primaire de 1833 en témoigne.

Il faut aussi se souvenir de la forte dispersion de l'habitat, de l'isolement de populations rurales et du triste état des réseaux de chemins ruraux mal entretenus, notamment en hiver, peu propice aux déplacements quotidiens des enfants vers l'école du bourg.

On pourrait aussi citer la pauvreté générale, la démographie bretonne généreuse d'enfants, l'absence d'industries et de manufactures nécessitant des ouvriers qualifiés.

Enfin, elle s'explique par la marque particulière des Régimes politiques qui se succèdent à partie de 1789 jusqu'au règne de Louis-Philippe, dernier roi des Français.

L'enseignement primaire et la Révolution

A la veille de la Révolution, c'est l'Eglise qui pourvoit le plus largement à l'éducation des enfants du Tiers Etat.Les prêtres des sept paroisses intra muros de la ville, les religieuses du couvent des Ursulines ainsi que Les Dames du Calvaire délivrent un enseignement rudimentaire mais gratuit aux enfants de Quimper.

Les élèves des classes aisées (bourgeoisie négociante, familles d'hommes de lois, enfants de la noblesse) bénéficient de précepteurs privés.
Joseph Le Guillou de Kerincuff, maire de Quimper en 1790Voir l'image en grand Joseph Le Guillou de Kerincuff, maire de Quimper en 1790
La loi du 10 décembre 1790 va condamner à la fermeture les établissements religieux délivrant un enseignement public. C'est le cas de celui des Ursulines dont les religieuses-enseignantes sont dès lors dispersées. Le décret du 7 brumaire an II va jusqu'à interdire aux religieux des deux sexes les fonctions d'instituteurs et d'institutrices.

Les écoles disparaissent. Il faut attendre la Convention pour que la question scolaire vienne agiter les Représentants de la Nation. Un décret du 5 nivôse an II rend l'école primaire gratuite et obligatoire pour tous. L'instruction étant aux yeux des révolutionnaires le meilleur des remparts contre l'obscurantisme et les tenants de la monarchie.

Hélas, peu appliqué par manque de moyens, ce texte est suspendu par la loi du 3 brumaire an III qui supprime l'obligation scolaire et la gratuité des écoles.

Nous ne connaissons que fort peu de choses sur la situation de l'enseignement publique primaire à cette période.

La municipalité confrontée à de nombreuses difficultés n'en débat pas. Les écoles d'initiatives privées se développent à cette époque.

L'enseignement primaire sous l'Empire

Circulaire de la préfecture Finistère, an VVoir l'image en grand Circulaire de la préfecture Finistère, an VSous le Consulat puis l'Empire, seuls quatre instituteurs et institutrices dirigent les classes primaires publiques de la ville.

Cette école est annexée au collège. Elle est surtout ouverte aux élèves souhaitant poursuivre leurs études en classe supérieure.

En ventôse de l'an VI, la commune décide d'inscrire pour la première fois dans son budget la prise en charge des loyers des logements des instituteurs des écoles primaires publiques.

Les instituteurs privés

Faute d'une école publique suffisamment développée, une grande partie des enfants doit alors chercher en dehors les rudiments de l'instruction élémentaire.

Pendant toute la première moitié du 19e siècle, un grand nombre d'instituteurs privés ne relevant pas de l'enseignement diocésain propose leurs services aux enfants quimpérois.

Des classes privées s'ouvrent dans des maisons particulières. Leur développement inquiète les autorités. Le 8 floréal an 7, la municipalité charge trois commissaires spéciaux de la surveillance de ces cours privés.

Circulaire du préfet Miollis, 1809Voir l'image en grand Circulaire du préfet Miollis, 1809En 1800, pas moins de seize instituteurs privés enseignent ainsi les principes de la lecture, de l'écriture, du calcul, et de la grammaire. Cinq d'entre-eux professent également les rudiments de la langue latine. Parmi eux, le père du peintre Jules Noël.

En 1812, ces instituteurs privés ne sont plus officiellement qu'au nombre de treize. Leur moralité est généralement bonne, trois d'entre-eux s'adonnent cependant régulièrement à la boisson et méritent le qualificatif « d'ivrogne ». Le degré de capacité des maîtres varie de médiocre à éminemment capable.

Les instituteurs du 1er Empire n'ont pas tous les mêmes capacités ni aptitudes à l'enseignement. Savoir lire et écrire constitue le minimum de bagage exigé à cette époque. Les instituteurs d'un degré supérieur doivent maîtriser l'orthographe et le calcul. Ceux bénéficiant d'un troisième degré doivent posséder les connaissances nécessaires à l'enseignement de l'arithmétique, de la grammaire et de l'arpentage. Les mieux formés possèdent un brevet de capacité, les autres s'installent sans aucun certificat.

En 1813, les instituteurs privés, non autorisés par les autorités, doivent cesser leur classe sous peine de poursuites.

Le 18 janvier 1813, neuf instituteurs privés reçoivent ainsi la notification de l'interdiction qui leur est faite d'enseigner. Les archives conservent les noms des instituteurs quimpérois privés officiant cette année là. Au nombre de dix, ils ont pour nom : Vincent Le Men de Chanzy, Jean Lorin, René Paul, Pierre Marie Ferssy de la Cordonnière, Jean-Louis Thiéfine, Jean Guyader, Augustin Le Corre, Pierre Roignant, Philippe Planet, Joseph Le Scoarnec.

A partir de 1816, un comité d'encouragement de l'enseignement primaire dans le canton de Quimper est chargé de la surveillance de l'instruction primaire.

L'école du prêtre (gravure d'Olivier Perrin de 1808)Voir l'image en grand L'école du prêtre (gravure d'Olivier Perrin de 1808)Les conditions d'existence de ces instituteurs libres sont souvent précaires : Le sieur Salomon enseigne depuis 32 ans à Quimper dans les classes primaires, lorsqu'il adresse en 1837 une demande de secours à l'administration. Il y précise la situation générale des instituteurs libres de Quimper :

Depuis 32 ans que je suis instituteur primaire à Quimper, je n'ai jamais reçu aucun reproche, ni sur ma vie privée, ni sur ma moralité... Nous sommes des instituteurs privés et libres mais c'est souvent liberté sans pain car chez nous c'est la vogue au petit bonheur la chance... On n'ignore pas que tous les élèves de la ville et plusieurs de la campagne sont pour les frères. Les écoles communales se multiplient de jour en jour et que quand il arrive un élève de la campagne à Quimper, il a trente instituteurs libres à choisir dont huit ont des brevets, les autres exercent sous le nom de précepteurs par des leçons particulières en prenant leurs élèves un à un et deux à deux dans les maisons où ils logent. Plusieurs de ces messieurs vont jusqu'à sur les routes devancer les élèves. C'est un véritable pillage. [et Salomon de préciser encore] Je connais à Quimper deux instituteurs dont l'un est banqueroutier frauduleux, l'autre forçat libéré. Le premier est breveté, le second est précepteur...

Les autorités préfectorales et municipales tentent de contrôler les instituteurs privés en les soumettant à une déclaration préalable d'ouverture, en délivrant des brevets comme en imposant la fermeture de celles illégalement ouvertes sans l'autorisation des autorités administratives ou dirigées par des instituteurs moralement suspects.

Le retour des congrégations enseignantes

Chassée par la Révolution, la congrégation enseignante des Ursulines revient à Quimper et ouvre à partir de 1806 un pensionnat et de nouvelles classes.

Les sœurs s'installent dans un premier temps dans une maison particulière de la rue Verdelet puis font construire de nouveaux bâtiments plus propres à l'enseignement. Prospectus pour la création d'un établissement de frèresVoir l'image en grand Prospectus pour la création d'un établissement de frères

En 1808, les religieuses, au nombre de 12, instruisent déjà 250 élèves, les trois quarts payants. En juin 1822, dans une lettre au maire de Quimper, le préfet du département précisait à propos de la qualité de leur enseignement :

L'excellente éducation que reçoivent les jeunes personnes dans les maisons des dames du Sacré Cœur, des dames Ursulines à Quimper ne peut laisser à l'administration aucune crainte, aucun doute sur la manière dont ces maisons sont tenues et dirigées en ce moment.

En 1826, la congrégation enseignante des Ursulines est reconnue et autorisée par ordonnance royale du 19 juillet 1826.

Quant aux dames du Sacré Cœur, présentes à Quimper depuis 1805, elles enseignent en 1807 à une centaine de jeunes demoiselles issues des familles les plus aisées de la ville et des environs. Un pensionnat y est également installé. La communauté quitte Quimper en 1811 pour Quimperlé.

Devant l'essor des écoles primaires de jeunes filles, l'administration préfectorale établit un premier règlement dédié à ces écoles en 1822.

L'ouverture de l'école primaire publique de Saint Corentin

La municipalité sollicite en 1825 le Supérieur des frères des écoles chrétiennes dits de Saint Yon afin d'obtenir l'affectation de trois frères instituteurs.

En avril 1826, la municipalité s'engage à verser aux religieux le prix de leur voyage ainsi qu'un trousseau composé de 54 chemises, 32 bonnets, 24 draps, 66 mouchoirs de poche, 36 caleçons de toiles, 6 tabliers de cuisine, 4 lits avec couverture de laine, un rideau pour Listes des élèves titulaires de cartes gratuites, 1829Voir l'image en grand Listes des élèves titulaires de cartes gratuites, 1829chaque lit, une batterie de cuisine. Trois classes sont d'abord ouvertes. Elles sont seulement équipées de bancs et de longues tables.

L'école ouvre en octobre 1828 et doit pouvoir accueillir tous les enfants indigents de plus de 6 ans désirant recevoir de l'instruction primaire.

En 1833, à la veille des lois Guizot sur l'enseignement primaire, 350 garçons sont instruits dans les écoles primaires municipales dirigées par les frères Florentin et Agrèves, directeurs des écoles primaires publiques. Si initialement, enfants des classes aisées et pauvres cohabitent sur les mêmes bancs de l'école, assez rapidement, les enfants issus des classes les plus pauvres forment l'essentiel puis la quasi-totalité des élèves scolarisés dans l'école publique.

En 1833, le frère directeur précise clairement : presque tous ces enfants sont issus de familles pauvres. Il faut 6 à 7 francs par an au minimum pour équiper un élève en papier, livre et plume d'oie. La majorité des familles ne peut en plus payer la pension ou la rétribution de maîtres privés.

Près de 220 enfants, parmi ceux issus des familles les plus aisées reçoivent par ailleurs leur éducation primaire dans des classes privées dirigées. Cinq institutrices communales et 10 institutrices privées instruisent alors près de 243 filles. Les religieuses ursulines éduquent La classe primaire d'enseignement mutuelVoir l'image en grand La classe primaire d'enseignement mutuelprès de 300 filles. La population de Quimper compte, en 1828, 9.693 habitants.

La loi Guizot du 28 juillet 1833 sur l'enseignement primaire améliore heureusement la piètre situation de l'enseignement primaire quimpérois.



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