L'aventure urbaine et industrielle du 19e siècle

Les années 1815-1850

Au sortir de l'époque napoléonienne, Quimper demeure une ville enserrée dans ses antiques remparts, à l'étroit dans des ruelles médiévales tortueuses, aux maisons surpeuplées, sombres et pittoresques. La production industrielle, peu développée, est surtout destinée au marché local, à l'exception notable des productions des manufactures de faïence. Les liens entre la ville et les communes rurales environnantes restent forts. L'artisanat et le petit commerce soutiennent une économie quimpéroise rythmée par les foires et marchés hérités de l'Ancien Régime.

Les administrations s'installent

La nouvelle situation administrative de la ville, chef lieu départemental et préfectoral impose l'installation de nombreux bâtiments administratifs. La vente des biens nationaux, particulièrement ceux provenant des anciennes communautés religieuses, permet de répondre partiellement à ces nouveaux besoins. C'est ainsi que la préfecture s'installe en 1800, rive gauche, dans l'ancien hôpital Sainte-Catherine. La mairie, après de nombreux déménagements, est transférée en 1808, place Saint-Corentin, dans l'ancien hôtel particulier de Guernisac. L'immeuble jugé trop vétuste est finalement démoli. Une nouvelle construction est édifiée à partie de 1829. L'ancien hôpital Saint-Antoine est transformé en maison d'arrêt dès 1793. La gendarmerie prend possession en 1807 des bâtiments conventuels des dames de la Retraite tandis que la troupe et l'administration militaire occupent les bâtiments des Ursulines et une partie de l'ancien prieuré de Locmaria. L'administration judiciaire s'installe, elle aussi, dans une partie des dépendances de l'ancien couvent des Ursulines jusqu'à l'édification du palais de justice débuté en 1829. L'ancien collège des jésuites devient brièvement le siège de l'école centrale du département. Le lycée de Quimper s'y installe par la suite. L'ancien palais épiscopal, également bien national, est acheté en 1792 par l'hôtelier de l'auberge du Lion d'Or qui y transfère son activité et transforme la salle synodale en salle de bal. Le bâtiment est racheté par les pouvoirs publics en 1809 et restitué à l'évêque.

Quimper dans l'âge adulte de la modernité architecturale

La structure médiévale de la ville est de l'avis constant des quelques onze maires qui se succèdent entre 1815 et 1850 à l'origine du faible développement de leur cité. La nouvelle position administrative qu'occupe la ville impose pourtant à ses édiles bourgeois la juste ambition de faire entrer Quimper dans l'âge adulte de la modernité architecturale. Le temps de l'attachement romantique aux constructions du Moyen Âge n'est pas encore à l'ordre du jour. Mais le retour à la paix en 1815 provoque la baisse brutale des recettes de l'octroi, principale source de revenus de la ville. Aussi, faute de ressources suffisantes, seule la démolition d'une partie des remparts, d'anciennes portes fortifiées et de quelques édifices religieux est réalisée. Si l'accès à la ville ne s'en trouve guère amélioré, au moins ces vieilles murailles dont l'entretien coûtait naguère si cher au contribuable ne grèvent plus désormais le budget municipal. Par ailleurs, le rôle important joué par le port de Quimper lors des guerres napoléoniennes incite les autorités à en développer les infrastructures. A l'extérieur des murs, de nouvelles portions de quais sont construites devant la préfecture, mais aussi vers Locmaria La cale Saint-Jean est élargie, les quais du Steir sont consolidés.

Le premier plan cadastral de la commune de Quimper est levé en 1835. Il est suivi d'un plan d'alignement achevé en 1836 sous la municipalité de Joseph Astor, colonel en retraite. Des travaux de grande ampleur commencent. Il s'agit de tailler dans le centre ville ancien et d'en faciliter les accès en ouvrant de nouvelles rues.

L'édification du nouveau tribunal entraîne le percement de la rue du Palais. La rue de Douarnenez, la route de Brest sont ouvertes en 1842. Le tracé de la rue royale, ancienne rue obscure, aujourd'hui rue Elie Fréron est en grande partie modifié à partir de 1827. La rue est par la suite ouverte vers la place Saint-Corentin.
Un autre important chantier est celui de l'ancien couvent des Cordeliers, rue Saint-François. Jugé insalubre, il disparaît pour permettre la construction en 1848 de nouvelles halles. Trois nouvelles rues sont alors ouvertes : il s'agit de la rue des Halles et des actuelles rues Astor et amiral de la Grandière. Un pont et un quai sur le Steïr sont édifiés. C'est l'acte de naissance du quartier des halles toujours animé de nos jours.
Les anciennes et pittoresques échoppes adossées à la cathédrale sont démolies à partir de 1839. La cathédrale quant à elle est classée monument historique en 1847. Les anciens abattoirs de 1806 sont reconstruits car on estime à juste titre qu'elles ont favorisé les épidémies de choléra qui de 1834 et 1849 ont durement frappé la ville et les esprits. On hâte alors les travaux d'urbanisme visant prioritairement à faire disparaître ces îlots d'insalubrité. De 1842 à 1844, sur la rive droite de l'Odet, on entreprend la construction du chemin de halage sur près de six cents mètres, afin de permettre l'endiguement du flux de marée et d'assainir les prairies marécageuses qui bordent la rivière.

1850-1870. la forte empreinte du Second Empire

A partir de 1850, la ville connaît une nouvelle vague d'expansion. Entre 1811 et 1850 la population passe de 6 651 à près de 11.000 habitants. Les électeurs du Finistère et plus particulièrement ceux de Quimper plébiscitent le prince-président Louis Napoléon (décembre 1848) puis applaudissent le rétablissement de l'Empire. Le nouveau régime reconnaissant favorisera nombre des projets quimpérois. La ville alors dirigée par la municipalité Porquier reçoit en 1858 la visite officielle de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie. L'empereur est le premier chef d'Etat français en exercice à visiter Quimper. Cette visite donne lieu à de fastueuses cérémonies. Le couple impérial charmé par l'accueil qui leur est réservé promet de soutenir les projets de la municipalité et l'empereur tient parole. La création d'un boulevard dans le prolongement de l'actuelle rue du Parc, l'endiguement de l'Odet, la construction du quai Napoléon aujourd'hui boulevard Kerguelen, la poursuite de l'aménagement du chemin de halage qui atteint désormais une longueur de deux kilomètres, la construction du réseau ferré et de la gare de chemin de fer inaugurés en 1863, le percement de la rue Luzel, la construction du quai du Steïr et du quai neuf pour joindre le Cap Horn au chemin de halage, la construction de nouveaux abattoirs en 1867 sont quelques uns des très nombreux projets de cette époque. La période est aussi pour Quimper celle de plusieurs autres embellissements notables. De nouvelles plantations d'arbres ont lieu sur les allées de Locmaria et, dès sa création, le chemin de halage devient une promenade appréciée des Quimpérois. Les travaux d'aménagement de la place Saint-Corentin sont achevés en 1865. La statue de Laennec par Lequesne est élevée par souscription et inaugurée le 15 août 1868.

Les nombreux édifices du culte que compte la ville, très peu entretenus depuis 1789 sont restaurés. Si les fidèles attendaient depuis quatre siècles des flèches pour les tours de leur cathédrale, les voilà enfin bâties en 1856 par l'architecte diocésain Joseph Bigot sous l'épiscopat de Mgr Graveran. Deux ans plus tard une statue équestre du roi Gradlon, remplaçant celle détruite en 1793, chevauche à nouveau allégrement les deux tours de la cathédrale. Le prieuré de Locmaria est lui aussi sauvé par son classement sur la liste des monuments historiques en 1857.

Les communautés religieuses enseignantes chassées à la Révolution reviennent et édifient de nouveaux bâtiments. L'école du Likès est ouverte en 1838 et bientôt agrandie.

De 1871 à la veille de la première guerre mondiale.

A la chute de l'Empire une majorité républicaine très modérée ayant à sa tête Joseph Astor, fils de l'ancien maire, siège désormais au Conseil municipal.

Quimper quitte son corset médiéval

Les travaux d'urbanisme occupent désormais l'essentiel des débats municipaux. L'alignement de la rue Kéréon est rectifié en 1872. Les rues et places sont pavées puis macadamisées. Les travaux d'adduction d'eau des principales rues sont réalisés entre 1886 et 1907. Des immeubles de style haussmannien s'élèvent dans la rue du Parc bientôt bordée par les principaux cafés et hôtels à la mode. L'endroit devient la promenade des classes privilégiées. Il est de bon ton de s'y montrer. Les classes moins favorisées se contentent de fréquenter quelques-uns des 127 cafés qui jalonnent les rues. Le port de Quimper s'étend et se déplace jusqu'au Cap Horn. La rive gauche longtemps délaissée et composée dans sa partie haute de prairies marécageuses et de jardins privés est aussi en cours d'aménagement. Des passerelles permettent d'y accéder. La construction du quai Dupleix débute en 1901. Près de la préfecture, un vaste terrain, l'ancienne place de Viarmes, alors dénommée champ de bataille, est réaménagée en lieu de promenade continué par les allées de Locmaria. Quimper entame également la reconquête du territoire perdu en 1791. Ainsi, à l'est de l'agglomération, le quartier de la gare s'installe sur treize hectares de terrains annexés à Kerfeunteun. Vers l'ouest, la ville parvient à obtenir l'annexion de terrains situés dans l'ancien quartier de Locmaria dépendants d'Ergué-Armel où de nombreux commerçants de vins et spiritueux s'étaient établis afin d'échapper au paiement des droits de l'octroi municipal. Au nord, les limites avec la commune de Kerfeunteun sont également redessinées au profit de Quimper. Au sud enfin les aménagements de la rive droite puis de la rive gauche assurent l'intégration de l'Odet dans la ville.

Désormais la ville a quitté son corset médiéval et s'élance hardiment sur un parcours de près de trois kilomètres. La rivière apparaît pour la première fois comme un lien vivant unissant les deux rives d'une même ville, plus ouverte et aérée.

De nouvelles écoles et un premier théâtre

Les nouvelles lois scolaires conduisent dès les années 1880 à la construction de deux écoles normales et de trois nouvelles écoles communales édifiées à partir de 1883. Les bâtiments du lycée de la Tour d'Auvergne sont reconstruits à partir de 1882. Des cours secondaires pour jeunes filles s'ouvrent la même année. Ils sont à l'origine du collège puis du lycée Brizeux. Des écoles confessionnelles sont ouvertes à leur suite. La fin du régime concordataire en 1905 soulève une forte opposition des milieux catholiques. L'évêque est cependant expulsé de son palais épiscopal. Le lieu va abriter désormais les collections du Musée départemental breton. Le musée des beaux-arts, pièce maîtresse de l'échiquier culturel quimpérois est construit en 1872 pour abriter les collections du legs de Silguy. Le dépôt des archives départementales est construit en 1882, près du palais de justice.

En 1904 la ville s'offre enfin son théâtre, après maintes péripéties mises en scène par Max Jacob dans Le terrain Bouchaballe . Il est bâti rive gauche, sur l'ancienne propriété Couchouren léguée en 1893 à la municipalité pour y bâtir... un hospice pour vieillards. Le théâtre est entouré d'un jardin public agrémenté de bassins, d'une fontaine Wallace et de plusieurs statues en bronze. Si l'architecture de l'époque reste fidèle au classicisme du 19ème siècle, de nouvelles techniques et matériaux commencent désormais à être utilisés. Ainsi le pont en béton armé reliant en 1902 les deux rives de l'Odet devant le théâtre est-il le premier ouvrage d'art de ce type dans le Finistère. Sur la même rive une nouvelle préfecture de style néo gothique [Louis XII] conçue par l'architecte Vally est construite à l'emplacement de l'ancien bâtiment. Les travaux durent deux ans et sont terminés en 1907.

L'assainissement

Les municipalités successives travaillent également à l'assainissement de la commune et à l'amélioration de la vie quotidienne. Le gaz était arrivé en 1862 et avait supplanté peu à peu les anciennes lanternes à huile. La fée électricité est adoptée dès 1879 pour l'éclairage public. La première distribution sous 110 volts concerne 10 &abonnée de la Place Terre-au-duc en 1898.

Le problème de l'accès à l'eau potable est l'un des plus longs à être résolu. Alors que la ville doit affronter plusieurs épidémies de choléra au long du 19ème siècle, vers le milieu de celui-ci, seules quatorze fontaines publiques permettent d'obtenir de l'eau potable. La municipalité décide de renforcer le système d'adduction de l'eau. En 1861 un château d'eau avait été construit sur les pentes du Frugy puis à partir de 1887, un second réseau d'adduction est développé à partir de la source de Coat Ligavan en Penhars.
Illustrations : photographies nouvelle préfecture, théâtre, plans d'édifices scolaires,

L'économie quimpéroise se diversifie

Les principales manufactures de Quimper sont traditionnellement implantées dans le quartier de Locmaria, à proximité du port. Longtemps cantonnée au marché local, l'arrivée du chemin de fer en 1864 permet d'assurer de nouveaux débouchés à la faïence quimpéroise. Au dernier tiers du 19ème siècle le renouveau des productions de faïences s'impose avec éclat. Ainsi Alfred Beau, associé à la manufacture Porquier initie une nouvelle faïence artistique qui assure durablement le renom de la céramique quimpéroise. La famille Henriot succède à partir de 1869 aux faïenciers Tanquerey-Dumaine. Pierre Jules Henriot préside aux destinées de la manufacture de faïence jusqu'en 1884. Son fils, Jules Henriot lui succède. Il développe considérablement la production de la manufacture et rachète en 1911 les modèles de la marque de l'entreprise Porquier-Beau dont l'activité a cessé en 1904. A l'aube de la première guerre mondiale, la faïencerie Henriot porte seule mais avec brio, l'étendard de la production quimpéroise.
Dans les années 1880, de nouvelles activités apparaissent sur d'anciennes prairies le long du Steir. Les activités sont principalement axées sur l'industrie agroalimentaire. L'année 1898 voit l'ouverture d'une usine de glace dont le nom (La glacière) reste encore aujourd'hui associé à ce quartier alors qu'elle a disparu depuis bien lontemps. L'industriel nantais Gantier ouvre une conserverie en 1883 et Saupiquet y implante une usine en 1901. Une conserverie Chancerelle surgit en 1921. Dès 1898, le syndicat des fabricants de conserve de Bretagne a fixé son siège dans la ville.

Une fonderie, des tanneries, une teinturerie, des entreprises de bâtiments viennent compléter cette seconde zone industrielle. Au début du vingtième siècle, la ville voit également s'installer les premiers grands magasins. Les « nouvelles galeries » s'installent à l'angle de la rue du roi Gradlon et de la place Saint-Corentin.

D'autres sociétés sont également présentes à Quimper et dans ses environs. Ainsi trouve-t-on une poudrerie et des fours à chaux à Penhars tandis qu'à Ergué-Gabéric la papeterie Bolloré fondée en 1821 fait travailler plus de deux cents ouvriers en 1914. Signe des temps, le mouvement ouvrier quimpérois est déjà organisé avant le début de la première guerre mondiale. La classe ouvrière regroupe près de 1300 travailleurs à la fin du 19ème siècle. Des ouvriers étrangers, essentiellement italiens et espagnols s'installent, souvent avec leur famille, à la fin du 19ème siècle. Les artisans composent avec une foule des petits commerçants et de nombreux fonctionnaires et employés de bureau, l'essentiel de la population active de Quimper pendant les 19ème et 20ème siècles. La tertiarisation de l'économie s'accentua pendant l'ensemble du 20ème siècle.

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