L'antiquité

Au cours des trente dernières années, une intense activité de recherche archéologique s'est développée à Quimper et dans sa campagne environnante. Elle a concerné plus de 100 sites de toutes périodes, des débuts de l'âge du Bronze, vers 2000 avant J.-C., à la fin du Moyen Âge, vers 1490. C'est, aujourd'hui, la ville de l'ouest de la France dont l'histoire ancienne et le patrimoine archéologique sont les mieux connus.

Les origines

Quelques poteries néolithiques (au Corniguel et à Kerjestin) et les restes d'un dolmen à Linéostic montrent que les environs de Quimper étaient occupés par l'homme aux IVe et IIIe millénaires avant J.-C. C'est seulement vers 2000 que les premières installations d'agriculteurs livrent les premiers vestiges d'habitat et de sépultures. Les bâtiments en torchis ou un grand tumulus comme celui de Kerjestin témoignent de l'accroissement de la population à cette époque. Le site de Penancréac'h est le mieux connu avec des centaines de trous de poteaux de plusieurs bâtiments et d'une palissade, avec des fosses à combustion et un grand vase contenant l'argile crue d'un potier. A Ergué-Armel, à Penvillers et au Moustoir des fouilles du XIXe siècle mirent au jour des coffres funéraire en pierre, des dépôts de haches à douille ou de rasoirs de la fin de l'âge du Bronze (entre 1100 et 800 avant J.-C).

Seuls quelques sites des débuts de l'âge du Fer livrent les traces de bâtiments et d'incinérations. En revanche, vers les années 500 avant J.-C., lors de la transition entre le 1er et le 2e âge du Fer, les choses s'accélèrent. Les habitats à maisons de torchis, enclos de fossés, apparaissent (Kervéguen). Les vestiges de tombes deviennent spectaculaires. La fouille récente de Kerjaouen livra les quarante urnes d'une petite nécropole d'une quinzaine de mètres de diamètre. Contenant les ossements incinérés et de maigres offrandes métalliques (fragments de lance en fer), les vases présentent des formes variées et très savantes, ornées de grosses dépressions circulaires réunies par paires et évoquant des yeux. Un vase porte un très riche décor estampé. Il s'agit du plus bel ensemble funéraire de cette époque en Bretagne. D'autres tombes d'époque identique sont connues à Quimper (Parc-ar-Groas, Ergué-Armel).

Ces vestiges montrent que, bien avant la fondation d'une ville, les environs de Quimper furent constamment occupés par l'homme qui y trouva des terres et un milieu favorable.

Les gaulois a la veille de la romanisation

Au cours des deux siècles qui précédèrent la conquête romaine, les environs de Quimper recelaient de nombreux établissements ruraux. Avec une ou deux habitations et dix à vingt habitants, les fermes constituaient la base du tissu humain. Elles étaient entourées de fossés à palissades qui enfermaient des espaces de 5000 à 6000 m². Celle du Braden I fut l'une des premières de ce type fouillées intégralement en France. Celles du Braden II et de Penvillers complétèrent la documentation. Les techniques de construction de maisons en torchis, de stockage des récoltes en greniers et silos, les activités de forge, la céramique de l'époque sont assez bien connues. L'importation d'amphore à vin d'Italie fut également démontrée.

La commune recelait aussi des sites fortifiés tels que l'oppidum de Kercaradec vaste de 4 ha et défendu par un triple rempart. Le site de Kersalé était de dimensions plus restreintes. Sur le sommet du mont Frugy un sanctuaire dominait toute la vallée de l'Odet. Un fossé d'enceinte livra de nombreuses poteries déposées lors de cérémonies. Il annonçait la construction de temples d'époques romaines. Aucune nécropole de cette époque ne fut mise au jour. On peut penser que les archéologues manquèrent de chance dans leurs recherches. On peut aussi s'interroger sur un phénomène qui n'est pas propre à Quimper pour cette période de l'âge du Fer.

On a pu croire, durant longtemps que les populations délaissaient la rivière et ses abords, mais une découverte récente, à Kergolvez, sur les rives du Steïr, montre qu'il n'en était rien. Installé sur les deux rives, un important habitat inclus une route qui traversait la rivière et annonçait le tracé d'une voie romaine. De toute manière, il semble qu'à la fin de l'époque gauloise, la population du territoire de Quimper était suffisamment, élevée pour affronter le phénomène de l'urbanisation qui allait caractériser la romanisation du début de notre ère.

La ville romaine et ses environs

Sous le règne de l'empereur Auguste, vers l'an 1 de notre ère, une petite ville portuaire naquit sur les rives de l'Odet, au 1er site guéable depuis l'océan. L'actuel quartier de Locmaria reçut, jusqu'à la fin du IIIe siècle, toutes les installations liées au négoce et à l'artisanat. Poteries, amphores à vin, verreries, arrivaient là, issues du grand cabotage de la façade atlantique de l'Empire. Elles étaient redistribuées dans le sud de la cité des Osismes et, sans doute, jusqu'à Carhaix sa capitale. Le fer, le bronze, la poterie étaient fabriqués dans ce quartier. Des vestiges de ruelles, des petits bâtiments à une pièce, bordées par les canalisations d'alimentation en bois à colliers de fer, furent découvertes. Les routes convergeaient de toute la cité et descendaient des plateaux vers ce petit emporion très actif. Les plus importantes, vers Carhaix, Vannes et le Pays Bigouden furent fouillées.

La nécropole principale fut implantée le long de la voie gravissant le Mont-Frugy. Des centaines de tombes furent découvertes. Simples, elles se composaient d'un vase à incération en terre, parfois accompagné d'une coupelle en poterie sigillée ou d'un petit vase lacrymatoire en verre. Une estimation porte entre 12000 et 15000 le nombre les défunts d'une agglomération d'environ 1000 à 1500 habitants incinérés en trois siècles dans cette nécropole de Créac'h-Maria. Au sommet du Mont-Frugy, le site de Parc-ar-Groas accueillit les temples sur une sorte d'acropole dominant la ville et la ria. Le plus important fut fouillé à plusieurs reprises entre la fin du XIXe siècle et 1995. Succédant à un sanctuaire gaulois, il se transforma en un fanum classique incluant une cella à portique et l'habitation du clergé au sein d'un temenos rectangulaire de 900 m² de superficie.

Alentours, sur les pentes encaissées, apparaissent les riches et belles demeures suburbaines comme Poulguinan et surtout Roz-Avel (fouillé entre 1975 et 1977) ou des villas rurales (Kervéguen). Ces demeurent offrent les caractères traditionnels du bel habitat provincial gallo-romain : construction en appareil soigné, murs couverts d'enduits peints, thermes etc. Ces riches domaines contrastent avec une multitude de modestes installations rurales composées d'un ou deux bâtiments en torchis entourés d'une palissade et installées au cœur d'exploitations dont le parcellaire, limité par de petits fossés, apparaît aisément. Avec près de dix hectares de parcellaire repéré, la ferme du Moustoir III livre un parfait exemple de ces installations encore bien mal connues.

Née de la conjoncture économique favorable de la romanisation, l'agglomération Quimpérois s'effondrera vers la fin du IIIe, alors même que l'Empire s'enfoncera dans la crise.

Une nouvelle ville au Moyen-Age

Mise en œuvre vers 1990, l'archéologie médiévale tenta de résoudre de nombreux problèmes laissés en suspens par les archives. Ainsi se posaient les questions de la date du transfert de la ville romaine de Locmaria à la ville médiévale née au confluent de l'Odet et du Frout. Etaient également ignorés le plan primitif de la ville et ses rapports avec les trois cathédrales qui se succédèrent du Xe siècle à nos jours. Enfin, qu'en était-il des populations rurales totalement délaissées par les textes ?

De multiples fouilles montrèrent que si la ville romaine fut bel et bien désertée vers 300, un réseau routier perdura vers Locmaria jusqu'à ce que la ville épiscopale nouvelle, dotée d'une première cathédrale soit mise en chantier au Xe siècle. Les grandes fouilles de la place Laennec montrèrent que, entre 1070 et 1100, un véritable plan d'urbanisme, inconnu des historiens, se structura autour d'une nouvelle cathédrale, romane. Un réseau de rues rayonnantes conduisait à cette dernière tout en traversant un cimetière qui en faisait le tour.

Le cimetière incluait plusieurs milliers de sépultures en simples linceuls, en coffres de bois, en coffres de pierres ou en cercueils de chêne ou de hêtre. Seuls deux cercueils complets en bois furent extraits. Les planches étaient fixées par des chevilles de bois ou par des liens d'osiers. Ils contenaient les corps de deux jeunes enfants (environ dix-huit mois) enserrés dans des peaux animales. L'un d'entre eux, décédé des suites d'une fracture du crâne, conservait encore son cerveau intact. Il s'agit là de deux pièces uniques en Europe médiévale. Elles éclairent de manière remarquable les modes d'inhumation de l'époque.

Ce cimetière devait fonctionner jusqu'à la fin du XIIIe siècle. Il fut alors remplacé par une esplanade, au nord de la nouvelle cathédrale gothique en construction depuis 1239. Il ne semble pas que les activités commerciales s'y tinrent avant le XVIe siècle mais un calvaire et un pilori y furent construits et découverts lors des fouilles. De grandes fosses chargées en détritus de toutes sortes (des chaussures en cuir notamment) montrèrent que l'extrême ouest et le nord-ouest de la place étaient réservés aux activités profanes dès le XIIe siècle.

Progressivement, la ville allait s'étendre au nord et à l'ouest, au cœur puis à l'extérieur des remparts élevés à la fin du XIIIe siècle. Au nord-ouest de la ville, les fouilles découvrirent de petits bâtiments privés et des poteries du XVe siècle. Le plan rayonnant originel, centré sur la cathédrale, allait évoluer vers un plan quadrangulaire organisé en fonction de l'enceinte du XIIIe siècle.

La vie rurale est désormais mieux connue grâce aux fouilles effectuées sur des petites fermes ayant fonctionné durant quelques décennies, ceci du Xe au XVe siècle. Elles rappellent, à bien des égards, celles de l'âge du Fer et de l'époque romaine. L'étude la plus intéressante fut conduite sur le site du Moustoir où, après plusieurs transformations des lieux, un petit village accueillit quatre fermes en torchis. Leur plan annonçait celui des fermes traditionnelles de Bretagne incorporant habitat et étable. Elles fonctionnèrent aux XIIIe et XIVe siècles.

Jean-Paul Le Bihan, archéologue municipal


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